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Christophe Coffrant (Takaneo Consulting) : « Dans l'événementiel, il s'agit de suggérer plutôt que de marteler »

Mercredi 6 Juin 2018

Christophe Coffrant (Takaneo Consulting) : « Dans l'événementiel, il s'agit de suggérer plutôt que de marteler »

Après des études de Lettres, de philo et de musique, Christophe Coffrant a toujours travaillé dans des entreprises ayant un lien avec la culture. La culture au sens large puisqu'il s'est illustré aussi bien dans l'industrie du disque que dans celle de l'édition ou du cinéma... avec accessoirement l'événementiel ! Aujourd'hui Project Manager chez Takaneo Consulting, Christophe a un parcours professionnel atypique et exotique que Media Marketing avait envie de creuser. 

Vous avez dirigé votre propre agence culturelle au Brésil. Racontez-nous.

C’était formidable et épuisant ! J’ai eu la chance de pouvoir commencer mes productions alors que se préparait l’Année de la France au Brésil, prévue pour 2009. J’ai pu ainsi proposer de nombreux projets qui ont tous rencontré beaucoup de succès : une exposition Yves Saint Laurent – qui a rassemblé 400 000 visiteurs en 2 mois ! – des rencontres avec de grandes personnalités de la culture française, la production du fameux Réveillon de Copacabana avec des artificiers français, le Groupe F, etc. Dans les années qui ont suivi, j’ai continué à faire le lien entre la culture européenne et le public brésilien en faisant venir Peter Brook et sa merveilleuse interprétation de la Flûte enchantée de Mozart, Carole Bouquet pour un spectacle autour de lettres d’amour d’Artaud, le Ballet national de Marseille et bien d’autres… Ce qui était tout à la fois très stimulant et très émouvant, c’était l’appétit du public brésilien pour ces spectacles. Pour Peter Brook, le public se battait pour rentrer et nous avons dû rajouter des représentations !

Quelle influence cette expérience a-t-elle sur votre fonction de Project Manager chez Takaneo Consulting ?

De rester zen, quoi qu’il arrive ! Et de savoir s’adapter en permanence.
 
Expliquez-nous votre travail chez Takaneo.

Lorsque l'on demande à ma fille de 9 ans ce que fait son Papa, elle répond toujours que j’ai un boulot génial parce que je passe mon temps à organiser des fêtes ! En un sens, ce n’est pas faux ! Plus concrètement, mon travail consiste essentiellement à inventer des histoires et à les mettre en scène. C’est-à-dire que lorsqu’un client fait appel à nous pour imaginer un événement, la première étape est de transformer son brief en pitch et de scénariser le projet. Aujourd’hui, les événements d’entreprise peuvent difficilement se contenter de se composer d’une suite de discours et d’une dégustation de petits fours accompagnés de mousseux tiède ! Il faut une histoire avec un fil directeur fort, une ambiance, un décor, faire autant appel aux émotions qu’à l’intellect et offrir des expériences plutôt qu’asséner des messages… Après avoir élaboré tout cela avec le client, je passe alors du rôle de scénariste à celui de chef de chantier.

Si vous ne deviez retenir qu’un seul projet de cette année écoulée, lequel serait-il ?

Il y en a eu beaucoup mais si je devais n’en garder qu’un, ce serait celui pour le Noël de KPMG. Sur le thème – imposé – de l’Ecosse, nous avons conçu pour son siège et en particulier son immense atrium de 500 m2, un décor complet où l’on trouvait un pub chaleureux avec des canapés au cuir délicieusement vieilli, un bar à l’ancienne, un billard, une cheminée où crépitait un feu… Il y avait même un grand portrait de Sean Connery, Ecossais revendiqué s’il en est ! Bref, nous avons conçu un vrai petit univers sur cette grande scène imaginaire que tous les soirs de décembre, les collaborateurs et les invités de KPMG ont investi pour y jouer la pièce qu’ils voulaient !
 
Selon vous, quels sont les 3 mots-clés d’un événement réussi ?

Surprendre, partager, signifier.

Qu’aimez-vous dans ce métier ?

La diversité ! Le fait qu’il n’y ait pas de recettes, pas de ficelles du métier. Il faut se renouveler pour chacun des projets, raconter chaque jour une nouvelle histoire… C’est mon côté Shéhérazade.
 
Quelle est votre stratégie ? Comment trouvez-vous l’inspiration ?

Généralement, l’inspiration vient souvent quand je fais du repassage… Mais absolument jamais quand je suis devant mon ordinateur.

Notre stratégie, c’est, comme en musique, de trouver la note juste, le bon accord, celui qui coïncide avec les attentes du client et qui entrainera les invités dans une histoire. C’est de penser l’événement non pas comme un moment mais comme un miroir, c’est-à-dire associer la marque à l’image que peut renvoyer l’événement. Les invités ont-ils été conquis, ont-ils vécu des expériences singulières, ont-ils partagé des moments de convivialité, se sont-ils sentis en phase avec ce qui leur était donné de vivre ? Alors ce ne peut être que valorisant pour l’image de l’entreprise tant auprès de ses collaborateurs que de ses invités. Beaucoup plus efficace que de mettre son logo partout.

Quelles sont les tendances dans le domaine événementiel ?

Le light ! Proposer plutôt qu’imposer, tout agencer pour que les invités profitent et s’approprient ces moments, suggérer plutôt que marteler, privilégier les émotions…
 
Vous qui avez travaillé en France, voyez-vous une différence avec le marché luxembourgeois ?

Le marché français est d’abord plus uniforme. Même à Paris où j’ai travaillé 25 ans, on s’adresse principalement à des Français. Ici, lorsqu’on produit un événement, on le fait vivre à une quarantaine de nationalités différentes. Il faut vraiment qu’il y en ait pour toutes les sensibilités ! En plus, au Luxembourg, le dynamisme du pays fait que les gens y sont moins blasés et plus ouverts aux nouveautés. Plus concentré qu’en France, le marché de la communication permet de faire vite passer des messages. C’est une chance précieuse.
 
Pour quel client luxembourgeois aimeriez-vous travailler ?

Nous avons eu la chance de travailler très étroitement pour la ville d’Esch-sur-Alzette pour le projet de la Nuit de la Culture. C’est passionnant de se pencher sur toutes les questions liées à un territoire et à son attractivité. En fait, au Luxembourg, j’aimerais travailler pour le Luxembourg lui-même.

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